Commémoration des victimes belges du génocide rwandais : discours de Jean-Pascal Labille

Date: 09 avril 2014

Commémoration des victimes belges du génocide rwandais : discours de Jean-Pascal Labille

Discours Labille Kigali

Chères familles,

Lors de chaque moment de recueillement ici, l'émotion est grande et profonde.

En tant qu'être humain, imaginer un seul instant ce que vos hommes ont vécu ici renvoie à nos peurs les plus profondes et les plus ancestrales.

En tant que responsable politique belge, c'est l'irresponsabilité, la lâcheté de certains qui m'étreint.

Comme vous certainement, à plusieurs reprises, c'est la rage qui m'a envahi.

Non pas la haine ou le désir de vengeance, mais la volonté absolue de ne plus arriver à de telles horreurs: laisser une population se faire massacrer pour sa soi-disante appartenance à une ethnie ou parce qu'on s'oppose à cette vision binaire de l’existence d’une part, abandonner nos soldats d’autre part. Abandon de poste de la communauté internationale et de trop de responsables politiques.

Nous devons être fiers de ce que nos militaires ont, dans des conditions épouvantables, réalisé ici.

En leur hommage, je souhaite en mon nom personnel vous demander pardon à vous et à tous les militaires. Ces hommes ont sacrifié leur vie pour sauver celle des autres. Quoi de plus noble.

Personne ne doit rester indifférent aux raisons qui nous réunissent ici. C'est un honneur d'être présent ici avec vous.

La Belgique a mené une réflexion approfondie sur cette période troublée de notre histoire commune.

Des frustrations subsistent chez certains d'entre vous. Chez moi aussi. La meilleure façon d'appréhender ces questions difficiles est d'avoir de l’ambition pour le vivre ensemble d’une part, pour les relations Europe / Afrique d’autre part.

Ce sont des pères. Ce sont des fils. Ce sont des frères. Ce sont des compatriotes que nous avons perdus il y a 20 ans.

Ce sont des blessures profondes que ni les mots, ni les actes, ni le temps ne refermeront jamais. Ces blessures sont condamnées à rester ouvertes. Et, tous, nous avons dû - et devons encore aujourd'hui - apprendre à vivre avec elles.

Nous ne ramènerons pas vos proches. Mais nous pouvons et devons honorer leur mémoire en veillant à tirer les leçons de ce dont ils ont été victimes. Se souvenir d'eux pour ne pas avoir à le faire pour d'autres à l'avenir. Le chemin est long. Et 20 années c'est peu. Mais c'est un parcours nécessaire et utile.

Chères familles,

Par le devoir de mémoire que nous honorons aujourd'hui, vos proches survivent à ce drame. Ils sont une partie de notre histoire, une partie de nous, une partie de notre conscience collective.

Soyez assurées que nous veillerons à ce qu'ils le demeurent longtemps encore.

Je vous remercie.