Discours de l’Ambassadeur Marc Gedopt lors de la conférence sectorielle

Date: 30 octobre 2013

Le Burundi a fait des progrès considérables ces dernières années et on peut espérer que les démons de guerre civile, de génocide et des politiques de l’exclusion sont définitivement derrière nous et que le peuple burundais puisse dorénavant se tourner résolument vers l’avenir et prendre en main son développement. Le fait que l’ambassadeur de Belgique n’a plus de garde-de-corps, n’est pas seulement dû au fait que l’ambassadeur est courageux, mais c’est surtout l’appréciation par nos autorités en Belgique qu’on peut maintenant circuler en sécurité partout au pays et que tout le monde puisse maintenant se concentrer sur son travail.

Les acquis sont donc réels, mais maintenant n’est pas encore le moment pour tomber dans la piège de la complaisance. Le pays reste un pays fragile, qui n’a pas seulement à confronter le défi de la pauvreté, mais les blessures du passé ne sont pas encore totalement guéries et les institutions ne sont pas encore suffisamment ancrées dans les mœurs de la société, pour pouvoir baisser la garde. Comme l’ont dit lundi le représentant de l’Union Européenne et  le Président de la configuration « Burundi » de la commission pour la consolidation de la Paix, l’ambassadeur Paul Seger, nous devons être prudents et la communauté internationale doit rester engagée et rester à côté du gouvernement et toutes les forces vives de la nation burundaise dans la préparation et le déroulement des élections de 2015. Les Nations Unies et l’Union Africaine ont des rôles à jouer qui ne peuvent pas être repris trop tôt par des partenariats plus classiques.

La Belgique est probablement le partenaire le plus classique pour le Burundi, mais les efforts financiers, techniques et politiques que nous avons entrepris ces dernières années sont loin d’être classiques. La Commission mixte belgo-burundaise de 2009 avait triplé le programme bilatéral direct entre le Burundi et la Belgique. Il a été beaucoup question pendant cette conférence des décaissements. Il est normal qu’un programme triplé en volume a besoin d’un certain temps pour atteindre sa vitesse de croisière, surtout dans un pays qui devait encore formuler ses politiques et qui devait faire beaucoup des réformes. Mais entre 2011 et 2015 la Belgique dépensera 190 millions d’euros en aide publique au développement, donc des dons, ou en moyenne 37 million euros ou presque 50 million de dollars sur base annuelle. Ce montant sera encore plus élevé à la fin de la période quand les décaissements de la tranche incitative vont commencer.

Les mécanismes de la coopération belgo-burundaise ne permettent pas à moi-même et aux autres membres de l’ambassade de promettre immédiatement le financement de l’une ou l’autre des fiches de projets proposées pendant ces conférences sectorielles, car notre programmation jusque fin 2014, convenue avec le Gouvernement du Burundi, est finalisée. Mais en janvier 2014 nous commencerons les consultations pour notre prochain programme. Pendant les préparations nous pourrons nous inspirés sur le travail réalisé pendant les deux conférences sectorielles. Les notes d’analyse sectorielle ainsi que des propositions qui ont été faites, contiennent parfois des éléments intéressants et même courageux. Qu’un document du Ministère de la Sécurité publique parle de la nécessité de « diminuer des bavures policières » est pour nous très encourageant, car cette franchise rend possible de travailler ensemble pour obtenir des objectifs réellement communs.

Nous voulons également saluer le Ministre de la Présidence chargé de la Bonne Gouvernance et de la Privatisation, qui a donné un bilan très franc sur les réalisations dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie de Bonne Gouvernance et de Lutte contre la Corruption. Il a mis le doigt notamment sur la nécessité d’une meilleure coordination et cohérence des politiques gouvernementales sectorielles, qui couvrent plusieurs domaines.

J’ai dit pendant la conférence sectorielle de juillet qu’aucun pays au monde s’est développé grâce à l’aide publique extérieur seulement, les propres ressources et l’investissement du secteur privé sont les vrais moteurs de développement, nous pouvons seulement donner un coup de pouce ou assister à créer des conditions propices aux investissements. Selon « The African economic outlook 2013 » de l’OECD, le Burundi a reçu entre 2006 et 2011 3.2 milliards de dollars d’aide publique extérieure, mais pendant la même période seulement 8 millions de dollar d’investissements privé extérieurs. La différence entre ces deux chiffres parle d’elle-même.  Etablir la confiance des opérateurs économiques privés prend naturellement du temps, mais il est clair que plus de réformes seront nécessaires pour attirer ce partenaire indispensable au développement.

Le travail de nous tous ne s’arrête donc pas avec cette conférence sectorielle, un suivi est indispensable. J’oserai faire un plaidoyer pour un nouveau type de dialogue entre le gouvernement et les partenaires: des enceintes beaucoup plus restreintes ou nous pouvons réellement nous parler en confiance. Beaucoup de nos programmes mentionnent la nécessité de « consultation », mais on a parfois l’impression que certains pensent qu’une simple information suffit et même cela n’est pas toujours donnée. Nous devons travailler ensemble pour une atmosphère avec moins de méfiance. La communauté internationale n’est pas l’ennemi, nous voulons être un partenaire, certes critiques, mais toujours de bonne volonté.