L’expertise belge dans la recherche… du dernier roi du Burundi

Date: 23 mai 2012

Durant les dix premiers jours d’avril, il s’est passé au Burundi une opération remarquable, pleinement appuyé par de l’expertise belge. En effet, les autorités Burundaises, réalisant ainsi une première étape vers la réconciliation nationale, ont contacté notre police nationale et le Professeur Jean-Jacques Cassiman de l’Université de Louvain, spécialiste mondialement célèbre dans les enquêtes médico-légales, afin de trouver et d’identifier les restes du dernier roi du Burundi.

Le dernier roi Charles Ntare V, depuis à peine quelques mois sur le trône burundais déjà instable, a du se réfugier à l’étranger suite au coup d’état de 1966. En 1972, avec l’aide du dictateur ougandais Idi Amin, le jeune roi banni est tombé dans les mains du dictateur Micombero du Burundi qui était devenu tellement paranoïaque qu’il avait décidé d’éliminer tout concurrent potentiel. A la fin avril 1972, le roi, captif à Gitega, ancienne résidence royale, a été tué au camp militaire et jeté dans une tombe anonyme, probablement au alentour de la ville.

Le Burundi tourne maintenant les pages sombres de son histoire et prépare la mise en place d’une "Commission Vérité" qui se penchera sur les nombreux crimes et massacres du passé. C’est dans ce contexte qu’opèrent le Professeur Cassiman son équipe d’experts et la police fédérale, qui est par ailleurs déjà impliquée avec la CTB dans un important projet de professionnalisation de la police burundaise. 

Au début avril on pouvait voir une grande animation le long de la colline Tankoma, non loin de Gitega, ville historique où il y a encore un grand nombre de bâtiments coloniaux belges et même allemands. Des dizaines de travailleurs étaient occupés à creuser, la ville était très animée. Une équipe spécialisée de la police belge (DVI: Disaster Victims Identification), la police burundaise, le professeur Cassiman et son équipe étaient là, mais aussi beaucoup de journalistes et spectateurs belges et burundais.

Rien n’était évident: les témoins (y compris trois ex-prisonniers) ne pouvaient pas dire exactement où ils avaient enterré le cadavre du roi, les cartes sont disparues, et en plus le roi a été jeté dans une fosse non loin d’un vieux cimetière ce qui fait que les équipes trouvaient en même temps beaucoup de restes humains.

Dans l’ensemble, cet exercice de relation publique était profitable. En effet, des experts burundais ont été formés sur le tas, des échantillons d’ADN ont été prélevés chez les parents survivants de l’ex-roi (la tombe de la Reine Mère Baramparaye a été aussi ouverte), dans les médias on a parlé ouvertement de ce qui c’est passé dans les années 70 et dans l’opinion publique burundaise les tabous sont levés.

Le cadavre du roi n’est toujours pas trouvé, mais le Burundi procède maintenant l’expertise et a la volonté de poursuivre l’exploration, comme l’a exprimé le Ministre de la Jeunesse, de la Culture et des Sports, Jean-Jacques Niyenimigabo, lors d’une conférence de presse de clôture. Cassiman et son équipe restent disposés à étudier les échantillons qu’ils ont emportés et qui peuvent être utiles à l’identification à n’importe quel moment. De plus, comme l’a dit le Ministre burundais des Relations Extérieures, "nous préférons réaliser ce genre d’opération délicate en collaboration avec un partenaire que nous connaissons bien et avec lequel nous entretenons une confiance mutuelle".

 

Deux collaboratrices du professeur Cassiman, l’ambassadeur Smets, l’équipe DVI de la police fédérale et Prof. Jean-Jacques Cassiman

Début des travaux d'excavation à Gitega : deux collaboratrices du professeur Cassiman, l’ambassadeur Smets, l’équipe DVI (disaster victims identification) de la police fédérale et le professeur Jean-Jacques Cassiman (KUL)

 

Professeur Cassiman en discussion avec les journalistes Guy Poppe et Veerle Beel (De Standaard)

Professeur Cassiman en discussion avec les journalistes Guy Poppe et Veerle Beel (De Standaard)

 

L’équipe de police fédérale et Eline Schotsmans, une experte de l’équipe du professeur Cassiman

Travaux d'excavation à Gitega: l’équipe de police fédérale et Eline Schotsmans, une experte de l’équipe du professeur Cassiman

 

Le professeur Jean-Jacques Cassiman

Le professeur Jean-Jacques Cassiman devant le site des travaux d'excavation à Gitega

 

Début des travaux

Début des travaux, avec des moyens très simples. La police burundaise était continuellement présent