Carte blanche des Ministres belge et italien des Affaires Etrangères, Didier Reynders et Giulio Terzi di Sant’Agata

Date: 01 octobre 2012

L’Europe peut-elle encore être considérée comme un modèle de paix, de stabilité et de prospérité ? Quelle position occupera l’Europe dans un monde de plus en plus globalisé ? Nos citoyens croient-ils encore en l’avenir de l’intégration européenne ?

Réfléchir à l’avenir de l’Europe alors que la préoccupation principale est l’actuelle crise économique et financière, pourrait être considéré comme une manière d’ignorer les problèmes qui assombrissent le projet européen aujourd’hui. Toutefois, le Marché Unique de l’Union européenne reste la zone économique intégrée la plus vaste et la plus attractive au monde. De plus, l’Union européenne dans son ensemble continue d’être la plus grande source au monde de libre-échange et de coopération au développement. En outre, elle est le principal défenseur des droits de l’homme et apporte une contribution majeure à la paix et à la sécurité. Combien de citoyens européens savent que 24 missions de maintien de la paix ont été déployées dans le monde sous la direction de l’Union européenne ? C’est pourquoi nous nous engageons avant tout à miser sur l’avenir de l’Europe.

Loin de détourner l’attention de la crise économique et financière, nous sommes convaincus que renforcer le profil global de l’Europe, sa légitimité démocratique et le fonctionnement de ses institutions est une facette essentielle de la solution à la situation actuelle.
Cette conviction a inspiré nos six mois de brainstorming au sein du Groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe : un groupe composé de onze ministres des Affaires étrangères d’États membres de l’Union européenne traditionnellement pro-européens. Comme le montre le Rapport final, la convergence des vues sur le présent et l’avenir de l’intégration européenne forme une base particulièrement prometteuse à partir de laquelle nous pourrons surmonter les défis auxquels nous sommes confrontés.

Tout d’abord, nous devons réagir rapidement face aux forces extrémistes et populistes qui menacent l’acquis européen de paix, de liberté, de croissance et de bien-être. Notre préoccupation commune est un sentiment d’urgence partagé. Le paradoxe aujourd’hui est que l’Union économique et monétaire, la frontière d’intégration européenne la plus avancée, risque de devenir un facteur de division. C’est inacceptable et c’est pourquoi nous accordons une très grande importance aux mesures visant à renforcer la gouvernance de l’Union économique et monétaire. Notre engagement s’appuie sur deux principes qui se renforcent mutuellement : la responsabilité à travers la discipline fiscale et la solidarité à travers la mutualisation des risques de la dette, qui pourrait un jour déboucher sur l’émission d’euro-obligations.

Parallèlement, nous devons travailler à l’élaboration d’un cadre financier intégré, tel qu’il est envisagé dans le rapport du Président Van Rompuy présenté lors du Conseil européen de juin, et à la mise en œuvre de l’agenda convenu pour créer de la croissance et de l’emploi. Notre capacité à réagir avec succès à la crise actuelle et à répondre aux besoins de nos citoyens dépend de l’efficacité de notre action commune pour retrouver le chemin de la croissance. La croissance dans chaque État européen individuel doit être le fruit de politiques nationales cohérentes avec la discipline budgétaire. Mais il existe aussi une place pour des politiques menées au niveau européen. Plus particulièrement, nous accordons la plus grande importance aux mesures visant à poursuivre le développement du Marché unique. Améliorer sa gouvernance et sa mise en œuvre pourrait être la clé permettant d’exploiter pleinement son potentiel de croissance.

Les défis auxquels nous sommes confrontés dépassent le champ économique et financier. Le renforcement du profil de l’Union européenne dans le monde et l’identification des citoyens européens avec leurs institutions communes seront des critères déterminants pour évaluer le succès de notre vision à long terme.

Sur la scène globale, l’Europe doit continuer à défendre ses priorités légitimes en agissant simultanément comme une « communauté de valeurs ». Nous devons parler d’une seule voix pour promouvoir les principes qui guident notre action à l’extérieur : la solidarité, les progrès de la démocratie, les droits de l’homme et la liberté de culte. Notre politique étrangère commune doit s’appuyer sur une approche intégrée, couvrant des défis globaux émergents comme le changement climatique, la protection des droits de l’homme, l’approvisionnement en eau, l’immigration et la coopération au développement. Des mesures supplémentaires sont par ailleurs nécessaires pour assurer une coordination intersectorielle plus efficace dans notre action à l’extérieur. Cet objectif implique également de permettre la mise en œuvre complète du rôle de coordination de l’action extérieure confié à la haute représentante de l’Union et vice-présidente de la Commission, dont les pouvoirs doivent être accrus.

Cependant, le rôle de l’Union européenne sur la scène internationale restera incomplet si nous n’assurons pas l’élaboration de la politique de sécurité et de défense commune, dont l’objectif ultime est une « Défense commune ». Une politique européenne globale de sécurité et de défense nous permettra d’assumer une part plus grande des défis globaux aux côtés de nos alliés et de nos partenaires, à travers une approche complémentaire entre l’OTAN et l’Union européenne. Le degré de coopération doit être renforcé, de la planification stratégique aux marchés publics en passant par l’éducation et la technologie. En recourant davantage à une coopération structurée permanente, comme le prévoit le Traité de Lisbonne, nous devons aussi envisager des possibilités de dépasser la mutualisation et le partage pour adopter une approche basée sur un degré d’intégration plus élevé.

Alors que nous transférons de plus en plus de compétences vers l’Union européenne, nous devons renforcer la légitimité démocratique des institutions de l’Union européenne. A cette fin, beaucoup d’options ont été avancées. Certaines peuvent être mises en œuvre sans attendre, comme la sélection du président de la Commission parmi les candidats des partis politiques européens têtes de liste aux élections parlementaires européennes. D’autres exigent une réforme des traités, comme l’octroi du droit de proposer de nouvelles lois au Parlement européen. Nous devons travailler à la création d’un authentique « Espace politique européen » dans lequel les partis européens s’attellent à traiter des thèmes essentiels relatifs à l’avenir de l’Europe. Des institutions européennes plus efficaces et plus responsables nous aideront à terme à renouveler les bases de notre intégration, créant ainsi les conditions nécessaires à l’identification du citoyen européen avec le projet d’intégration européen. L’« union politique » doit demeurer notre but ultime.

Les idées pour créer une Union européenne plus prospère, plus démocratique et plus confiante sur la scène internationale sont sur la table. Certaines d’entre elles peuvent être mises en œuvre dans le cadre légal existant. Dans plusieurs autres cas toutefois, nous devrions au moins commencer à réfléchir ensemble sur le plus long terme et prévoir une adaptation des traités européens. L’Europe n’a pas d’autre choix que de rester unie pour bâtir un véritable avenir.