Intervention de S.E. Madame Bénédicte Frankinet, Ambassadeur, Représentant permanent: "HLPF - Moderated dialogue: From Rio+20 to post-2015: towards an integrated and universal sustainable development agenda"

date: 30 June 2014

Intervention de S.E. Madame Bénédicte Frankinet, Ambassadeur, Représentant permanent

“HLPF – Moderated dialogue :
From Rio+20 to post-2015 : towards an integrated and universal sustainable development agenda”

New York, le 30 juin 2014

Monsieur le Président,

Il y a deux ans, à la Conférence de Rio, nous avons reconfirmé notre engagement politique en faveur d’un développement durable. Nous avons aussi reconnu que pour honorer cet engagement nous devons disposer d’un agenda de développement durable qui soit approprié (« fit for purpose »), dans un monde qui a beaucoup changé depuis la première conférence de Rio en 1992. 

Depuis lors, de nouvelles étapes ont été franchies. Nous avons créé le Forum politique de haut niveau qui nous réunit aujourd’hui sous les auspices de l’ECOSOC et nous l’avons chargé – parmi d’autres tâches – de mener des examens réguliers de la mise en œuvre de l’agenda post-2015. Les discussions que nous aurons au cours des prochains jours devront nous permettre d’avoir des vues plus précises sur la contribution que ce forum peut apporter faire en terme de surveillance, d’examen, de répartition des responsabilités et de transparence dans l’agenda post-2015.

L’ECOSOC a pour sa part été renforcé, notamment dans son rôle de coordination du système des Nations Unies et d’intégration des trois dimensions du développement durable.

Les travaux du Groupe de travail ouvert sur les objectifs de développement durable ont progressé de façon remarquable sous la direction de ses deux co-présidents, le représentant permanent de la Hongrie et le représentant permanent du Kenya, qui méritent nos félicitations pour la manière dont ils mènent cette discussion délicate. Les contours de ce que pourraient être les objectifs de développement durable apparaissent. C’est le résultat d’un travail qui implique tous les Etats membres et qui a eu le mérite de rapprocher progressivement à la fois les points de vue et la compréhension réciproque. La valeur didactique de cet exercice mérite d’être soulignée.

Il nous est demandé de répondre à la question suivante : Que signifie d’avoir le développement durable au cœur de l’agenda post-2015 ? 

Une bonne partie de la réponse figure déjà dans le document de Rio : nous y avons reconfirmé les objectifs et conditions du développement durable : éradiquer la pauvreté, changer les modes de production et de consommation non durables et promouvoir ceux qui sont durables, protéger et gérer les ressources - forcément limitées - qui servent à notre développement économique et social. Inspirés par les objectifs de développement du millénaire nous sommes convenus d’organiser notre action autour d’une série d’objectifs de développement durable spécifiques et tournés vers l’action, qui intègrent les dimensions économique, sociale et environnementale.

Avoir le développement durable au cœur de l’agenda post-2014 c’est donc avoir un agenda dans lequel seront traités des défis présents et futurs dans le domaine social, économique et environnemental, et ce non plus de manière séparée et en silos, mais de manière intégrée. Pour cela il nous faudra changer nos habitudes. Au niveau national, il faudra sans doute adopter des modes de décision qui impliquent non seulement l’ensemble du gouvernement, mais aussi la société civile et le secteur privé. Au niveau international, le système de développement des Nations Unies devra fonctionner davantage comme un tout et en liaison étroite avec les autres partenaires de développement.

C’est aussi un agenda qui doit nous permettre d’atteindre une plus grande prospérité, de manière inclusive mais aussi compatible avec les capacités de la planète. C’est un agenda où personne ne reste en arrière, et où les plus défavorisés, les plus vulnérables et les plus marginalisés, tant dans les pays en développement que dans les pays développés, doivent avoir accès à des standards de vie acceptables et bénéficier d’une protection sociale et environnementale.

C’est un agenda qui doit être construit sur le respect des droits de l’homme et sur les valeurs universelles d’égalité, de justice, d’absence de violence et de bonne gouvernance. Il s’agit aussi d’autonomiser les individus et d’assurer la participation de tous : les gouvernements nationaux, régionaux et locaux, les organisations internationales, la société civile, le secteur privé et les individus. 

Toutes ces questions ont aussi été relevées dans le rapport des Nations Unies One Million Voices comme des thèmes que les gens veulent voir figurer dans le prochain agenda global. Ce sera un agenda qui devra être pertinent et crédible en tant qu’agenda inclusif et centré sur les personnes.

Mr Chair

L’agenda post 2015 doit être à la fois transformationnel et universel. Il doit traiter de questions qui concernent tous les Etats membres et demander une action collective et des solutions globales.

Mais, si tous les pays doivent participer à sa mise en oeuvre, il revient à chaque pays de déterminer quelles politiques il adoptera pour répondre à ces défis identifiés de commun accord. Les politiques nationales devront traiter des trois dimensions du développement durable de telle sorte que les efforts réalisés au niveau national contribuent, chacun à leur manière, aux objectifs globaux que nous nous sommes fixés, tout en respectant un certain équilibre entre les trois dimensions du développement durable. Comment ceci peut se faire, en tenant compte des priorités nationales les capacités et spécificités de chaque Etat, est un vrai défi.

Nous pouvons aussi nous inspirer d’expériences réussies, comme les stratégies nationales de développement durables ou les stratégies de réduction de la pauvreté. Des stratégies horizontales post 2015 au niveau national, régional ou local, développées de manière participative avec un ensemble d’acteurs, peuvent constituer des instruments utiles pour guider la prise de décision, la mise en œuvre et le monitoring. Elles peuvent aussi aider à penser les solutions de manière intégrée, favoriser la transparence et promouvoir le consensus sur les questions prioritaires et les réponses à y apporter.

Monsieur le Président,

La mise en oeuvre de l’agenda post-2015 doit se traduire en actions et en résultats. La responsabilité, la transparence et l’examen efficace des progrès réalisés seront indispensables pour arriver aux objectifs que nous nous sommes fixés. Ceci doit se faire au niveau national, régional et mondial, de manière efficace, en construisant sur ce qui existe déjà et en évitant les double emplois. Tous les acteurs (gouvernements, système des Nations Unies, société civile et secteur privé) devraient faire partie d’un système de monitoring solide mais souple.

En conclusion, permettez-moi de dire quelques mots sur le rôle de HLPF et sur sa relation avec un ECOSOC renforcé. En tant que mécanisme de monitoring et de suivi, le HLPF semble particulièrement bien placé pour examiner les politiques des Etats membres et la façon dont elles contribuent aux objectifs globaux que nous nous sommes fixés. Il doit contribuer à la création d’un environnement favorable au développement durable, basé notamment sur l’examen par les pairs, il doit faire usage des contributions venant du niveau national et régional, y compris en ce qui concerne les bonnes pratiques. Il doit susciter le partage des connaissances et des expériences et doit pouvoir faire usage de données fines et d’une information sans cesse mise à jour, y compris sur une base scientifique. Quant à l’ECOSOC, grâce à son mandat renouvelé, il est particulièrement bien placé pour susciter, au sein du système des Nations Unies, un travail commun et intégré, qui prenne en compte les trois dimensions du développement durable.