Déclaration de S.E.M. Didier Reynders, Vice Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères lors de la Réunion de haut niveau de l’Assemblée générale sur la situation dans l’Est de la RDC

date: 27 September 2012

REUNION DE HAUT NIVEAU SUR LA SITUATION DANS L’EST DE LA RDC


Déclaration de
S.E. Monsieur Didier Reynders
Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes du Royaume de Belgique


New York, le 27 septembre 2012

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Monsieur le Secrétaire Général,

Je voudrais tout d’abord remercier le Secrétaire Général des Nations Unies d’avoir pris l’initiative de cette réunion de haut niveau sur l’est de la RDC.

La situation sur le terrain reste particulièrement dramatique depuis l’éclatement de la crise il y a 5 mois.

Nous sommes heureux de voir que les combats sont pour l’instant suspendus dans l’est du Congo. Mais cela n’est pas suffisant.  En effet, la situation se dégrade :
• Le M23 continue de se renforcer et à recruter des combattants. 
• Le M23 a mis en place une sorte d’administration qui prétend prendre en charge le gouvernement de la région qu’il contrôle.  Cela est absolument inacceptable.
• Ce mouvement rebelle est responsable de nombreuses exactions contre les populations, comme le démontre encore un rapport récent de la MONUSCO ;
• Le vide laissé par le redéploiement de la MONUSCO et des forces armées congolaises conduit au renforcement d’autres groupes armés.

Le statu quo n’est donc pas acceptable.   Les frontières du Congo et la souveraineté de cet Etat sur son territoire ne peuvent pas être remises en cause. Ceci devrait être très clairement exprimé dans notre enceinte. Une solution doit être trouvée rapidement. 

D’autre part, nous ne pouvons pas ignorer les informations nombreuses et concordantes faisant état de soutiens extérieurs et décisifs à la rébellion. Tant la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) et l’Union africaine les ont d’ailleurs fermement condamnés. Ce soutien extérieur, qui donne à la crise un aspect régional, a également été condamné à plusieurs reprises par le Conseil de Sécurité et doit s’arrêter au plus vite.

Les efforts de la région, surtout l’initiative prise par la CIRGL, sont bienvenus et méritent d’être encouragés.  Nous sommes persuadés que les institutions régionales sont les mieux placées pour résoudre un conflit de nature régionale.  Nous avons suivi avec grande attention les travaux de la CIRGL et j’ai d’ailleurs envoyé le Représentant Spécial belge en suivre les sommets. Cependant, les propositions de la CIGRL devraient être davantage clarifiées dans les meilleurs délais. Une plus grande implication de la SADC (Southern African Development Community) contribuera aussi certainement positivement aux efforts de la CIRGL.

Comment sortir de cette crise ?

Premièrement, le dialogue politique bilatéral doit être la colonne vertébrale de cette sortie de crise. Nous encourageons et appelons de nos vœux la reprise de contacts directs entre le Président Kagame et le Président Kabila.

Je reste persuadé que le Rwanda peut jouer un rôle positif dans la résolution de la crise, et montrer ainsi qu’il fait partie de la solution et non du problème.   Le Rwanda devrait aider à rendre sa frontière étanche, pour s’assurer que ni aide logistique, ni combattants ne traversent la frontière. Le Rwanda se doit de condamner publiquement la mutinerie et le M23.

Ensuite, je prends note de la proposition de créer une Force internationale neutre.  C’est une mesure importante mais il ne faut pas que la création de cette force neutre empêche ou ralentisse la recherche d’une solution politique à la crise ;  les objectifs ambitieux avancés seront très difficiles à remplir et à financer, alors que le temps presse. Puisque de toute façon, une telle force aura vocation à appuyer les éléments d’un règlement politique.   En tout état de cause, cette force devrait s’appuyer sur les structures de la MONUSCO. L’articulation des rôles entre cette force et la MONUSCO devra être étudiée attentivement par la CIGRL, le Conseil de Paix et Sécurité de l’Union Africaine et le Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Enfin, le Mécanisme Conjoint de Vérification élargi est plus facile à mettre en œuvre.  Mais là encore, il ne pourra être efficace que s’il vérifie l’application d’un accord politique solide entre le Rwanda et le Congo. Les modalités d’appui de ce mécanisme par la MONUSCO méritent d’être examinées par le Conseil de Sécurité.

Que faire du mouvement M23 ? Il me semble qu’il serait à présent difficile de voir les mutins rejoindre les rangs de l’armée.  La politique d’intégration des forces combattantes dans les FARDC a montré ses limites. Dans le passé, à force d’intégrer des indisciplinés, on a fini par introduire l’indiscipline. Par ailleurs, ceux qui ont commis des crimes de guerre doivent en répondre.

Cette crise met aussi à jour la nécessité, pour la  RDC, de mieux contrôler et administrer son territoire.  Si nous voulons éviter la répétition incessante des crises dans la région, il faudra résoudre un certain nombre de points sensibles : l’indispensable réforme du secteur de sécurité, la lutte contre l’impunité, le rétablissement de la souveraineté sur l’ensemble du territoire. D’autres questions telles que les réfugiés, le droit du sol et la gestion des ressources naturelles devraient pouvoir être mises sur la table.  Il s’agit là d’impératifs à plus long terme, mais l’action devrait commencer dès à présent. Il faut en outre que l’Etat congolais assure la protection de toute la population, en particulier dans l’est du Congo, en mettant en place un véritable état de droit.

Les réformes politiques annoncées doivent être impérativement mises en œuvre. Je citerais en particulier la réforme de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), incluant la participation de l’opposition et de la société civile pour permettre la tenue d’élections locales et provinciales dans les meilleurs délais. Il convient d’également instaurer au plus vite une Commission nationale des droits de l’homme disposant d’une vraie capacité d’action.

Enfin, Monsieur le Secrétaire Général, la voie vers une paix durable passe, à mon avis, obligatoirement par une meilleure coopération régionale.  Nous saluons et encourageons les efforts des pays de la région surtout dans l’enceinte de la CIRGL afin de trouver rapidement une solution politique pour la crise.

Le dialogue bilatéral entre Kigali et Kinshasa et un engagement ferme des deux parties devraient former la base de tout accord politique. J’espère que cette réunion de haut niveau, qui démontre la préoccupation et l’implication de la communauté internationale concernant la région des Grands Lacs, donnera un élan décisif à la sortie de crise à l’est de la RDC.

Je vous remercie.