Déclaration de S.E.M. Jan Grauls, Représentant permanent de la Belgique – 6805ème réunion Conseil de Sécurité

date: 12 July 2012

CONSEIL DE SECURITE
6805ème réunion

Consolidation de la paix en situation d’après-conflit

DECLARATION DE S.E. MR. JAN GRAULS , AMBASSADEUR, REPRESENTANT PERMANENT DE LA BELGIQUE AUPRES DES NATIONS UNIES

12 juillet 2012

VERIFIER AU PRONONCE


 

Monsieur le Président,


Je vous remercie de me donner l’opportunité de m’adresser au Conseil de Sécurité à l’occasion de cet important débat sur la consolidation de la paix en situation d’après-conflit. La Belgique s’aligne sur la déclaration faite par l’Union européenne.

Je ne reviendrai pas sur le rapport annuel de la Commission de Consolidation de la Paix, qui donne un aperçu factuel des activités de la Commission et de ses configurations. Je souhaiterais davantage me concentrer sur les relations entre le Conseil de Sécurité et la Commission de Consolidation de la Paix, point qui renvoie à la troisième question de la note conceptuelle. Les éléments de réflexion que je souhaiterais partager aujourd’hui avec les membres du Conseil me sont inspirés par mon expérience en tant qu’ancien Président de la Configuration spécifique de la Commission de Consolidation de la Paix République centrafricaine.

Si l’on se penche sur ces dernières années, force est de constater que la relation entre le Conseil de Sécurité et la Commission de Consolidation de la Paix peut sans aucun doute être renforcée de manière significative. Cette relation n’a certainement pas encore atteint son plein potentiel et pourrait être approfondie et enrichie par une attitude plus intéressée de la part du Conseil pour les activités de la Commission et de ses différentes configurations. Je suis en effet sincèrement convaincu que les activités de la Commission de Consolidation de la Paix méritent davantage d’attention de la part du Conseil de Sécurité. La Commission de Consolidation de la Paix devrait avoir l’opportunité de convaincre les membres du Conseil de sa valeur ajoutée, gardant à l’esprit que la Commission de Consolidation de la Paix n’est pas un organe opérationnel mais bien un organe de conseil. A cet égard, je tiens à accueillir très favorablement  les idées pertinentes développées par le Royaume-Uni dans le non-paper qui a été diffusé.

 


Monsieur le Président,

Je souhaiterais attirer votre attention sur trois points qui me semblent fondamentaux pour renforcer la relation entre le Conseil de Sécurité et la Commission.

Mon premier point concerne le rôle possible de la Commission, et surtout de ses configurations, dans la phase préparatoire des délibérations que ce Conseil consacre aux pays figurant à son agenda. Le deuxième point concerne le rôle de la Commission et de ses configurations dans le suivi des délibérations du Conseil. Mon troisième et dernier point a trait au lien entre la Commission et les organes subsidiaires du Conseil, un aspect souvent négligé.

Monsieur le Président,

(rôle possible d’une configuration en amont d’une délibération du Conseil)

Je suis convaincu que le Conseil de Sécurité pourrait accorder davantage d’attention au travail de la Commission de Consolidation de la Paix lors de la phase préparatoire de ses propres délibérations consacrées à un pays figurant à son agenda. Lors de cette phase préparatoire, le Conseil pourrait notamment adresser des demandes concrètes d’avis aux présidents des différentes configurations spécifiques, sur des sujets tels que le DDR, le Réforme du Secteur de la Sécurité, le développement socio-économique, les manques à combler sur le plan de l’agenda de la consolidation de la paix ou de toute autre question pertinente pour la consolidation de la paix. Une telle demande  permettrait ensuite à un président d’une configuration de produire des contributions mieux adaptées, sans doute aussi plus spécifiques, et ayant une plus grande valeur ajoutée lors des délibérations du Conseil.

 


Mon expérience avec la République Centrafricaine m’a appris qu’il est plus qu’utile qu’une configuration puisse visiter le pays en question quelques semaines avant une délibération au Conseil. Une telle visite, bien organisée dans le temps, permettrait à une configuration d’être à même de briefer le Conseil de la manière la plus précise possible sur les questions que le Conseil lui aurait demandé d’examiner plus en détail. Une telle synchronisation des visites d’une configuration avec l’agenda du Conseil permettrait à un président d’une configuration d’assurer la meilleure préparation possible d’un briefing devant le Conseil. Je me demande d’ailleurs pourquoi le Conseil ne pourrait pas suggérer à un président d’une configuration de se rendre dans le pays concerné en vue d’une discussion au Conseil ? Le Conseil pourrait lui demander également de se concentrer, lors de sa visite de terrain, sur certaines questions spécifiques en lien avec la consolidation de la paix.

Il est évident que les avis ainsi rendus par les configurations pourraient  trouver leur chemin dans les résolutions ou décisions que le Conseil est souvent amené à adopter à l’issue de ses délibérations. En effet, force est de constater que la dimension consolidation de la paix est encore trop souvent absente des décisions du Conseil.

Monsieur le Président,
 
(rôle possible d’une configuration en aval d’une délibération du Conseil)
 
Ce dernier constat m’amène à mon deuxième point. Mon expérience en tant que Président de la Configuration Centrafrique m’a appris que toute référence à la consolidation de la paix dans une décision du Conseil de Sécurité contribue non seulement à renforcer le travail d’une configuration, mais est aussi toujours prise très au sérieux par le pays concerné. J’ose par conséquent plaider en faveur de références plus fréquentes dans les décisions de ce Conseil à des aspects de consolidation de la paix.

Les présidents des configurations peuvent d’ailleurs se faire l’écho des décisions du Conseil lors de leurs visites dans les pays concernés et faire passer les messages politiques du Conseil lors de leurs contacts avec les responsables politiques du pays concerné.

Cela permettrait également d’assurer une meilleure cohérence entre les configurations et les missions de l’ONU sur le terrain, mandatées par le Conseil de Sécurité. L’expérience nous a en effet appris que, dans certains cas, les représentants seniors des Nations Unies sur le terrain ne partagent pas les mêmes vues que les membres des configurations. Une guidance coordonnée de la part du Conseil permettrait d’éviter de telles situations.

Monsieur le Président,

(l’importance de certains organes subsidiaires du Conseil ou autres instances des Nations Unies dans les travaux d’une configuration)

Finalement, je voudrais souligner brièvement qu’il existe de la marge pour améliorer la coopération entre la Commission de Consolidation de la Paix et les autres organes subsidiaires du Conseil de Sécurité. En tant que Président de la Configuration spécifique République centrafricaine, j’ai délivré à plusieurs reprises un briefing au Groupe de Travail du Conseil de Sécurité sur les Enfants et les Conflits Armés, afin de faire part de mes conclusions suite à mes visites sur le terrain. Ce lien entre une configuration et certains organes subsidiaires du Conseil est encore trop souvent négligé.

Dans le même esprit, j’ai entretenu des contacts très suivis avec les Représentantes Spéciales du Secrétaire-Général pour les Enfants et les Conflits Armés ainsi que pour les Violences Sexuelles dans les Conflits. Je suis convaincu que ce type d’interaction a été très utile et devrait même être intensifié.

En conclusion, Monsieur le Président, je voudrais répéter ma conviction que cette relation entre ce Conseil et la Commission de Consolidation de la Paix peut être considérablement renforcée et que toute initiative en ce sens de la part du Conseil sera hautement appréciée par les configurations.

 

Je vous remercie Monsieur le Président.