Statement by H.E. Mr. Paul Magnette, Minister for Developement Cooperation

date: 21 June 2012

Son excellence président de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable,
Son excellence le Secrétaire général des Nations Unies et le Secrétaire général de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je ne vais pas vous le cacher, nous sommes déçus.

Nous les Belges, nous les Européens, nous avions pour Rio + 20 de hautes ambitions.
Nous pensions, nous espérions que le souffle qui avait traversé le Sommet de la Terre il y a 20 ans serait toujours là. Et que nous pourrions ici, ensemble, prendre des engagements forts, clairs, précis. Hors, reconnaissons-le, nous sommes loin, très loin du compte.

Et pourtant nous savons ce qu’il faut faire. Nous savons ce qui est nécessaire pour le développement durable de notre planète.

Nous avons d’abord besoin de rompre avec une logique de développement économique dévoreuse de ressources naturelles et d’énergie et de la remplacer graduellement mais fermement par des
modes de consommation et de production durables.

Il est nécessaire de garantir à l’ensemble des peuples de la planète une souveraineté alimentaire, surtout à l’heure où l’économie verte peut conduire à des dérives technologiques qui la mette encore plus en péril.

Nous avons besoin de leur garantir également l’accès à l’énergie, l’accès à l’eau. La Belgique est heureuse de soutenir l'initiative à cet égard du Secrétaire général des Nations Unies. Nous avons besoin de garantir à l’ensemble des hommes et des femmes de la planète et aux jeunes en particulier, un emploi décent et un socle de protection sociale.

Dans tous ces combats fondamentaux, nous devons toujours avoir une attention particulière pour la condition des femmes dont le rôle dans le développement est fondamental. Et qui pourtant
continuent à subir d’insupportables discriminations.

Et dans ce mouvement, nous devons veiller à ce que l’ensemble des pays de la planète soient engagés, mais en ayant toujours une attention particulière pour les pays les moins avancés. La Belgique est fière de compter parmi ses 18 principaux pays partenaires, 10 pays qui appartiennent aux pays les moins avancés. Nous sommes fiers aussi d’avoir joué un rôle dans la genèse du programme d’insertion d’Istanbul et que nous avons l’intention de continuer à
porter.

Nous savons ce qu’il faut faire. Nous savons aussi comment il faut le faire. Nous avons d’abord un besoin urgent de cohérence. Nous, les Européens, nous sommes parfois prompts à faire la leçon au reste du monde. À dire aux uns et aux autres ce qu'il faudrait faire.

Nous devons d’abord veiller à ce que nos politiques soient cohérentes. Nous faisons des efforts considérables d’aide publique au développement, mais trop souvent, ces efforts sont anéantis par
les effets d’autres politiques, de notre propre politique commerciale, monétaire, financière, agricole. Notre premier devoir est de mettre en cohérence l’ensemble de nos politiques.

Nous avons besoin ensuite d’objectifs clairs. Et là, tout de même, nous pouvons nous réjouir que l’accord, auquel nous allons souscrire, dégage les objectifs de développement durable un
instrument nouveau, où tout reste à faire, auquel il faut donner une logique, un contenu, un processus, mais qui au moins est créé et qui peut lancer une nouvelle dynamique. Nous pouvons nous réjouir aussi d’un instrument pour la protection de l’océan. Il y a 20 ans, le Sommet de la Terre avait permis de lancer une dynamique dont est issue l’instrument qui permet de lutter contre le réchauffement climatique, dont est issue aussi l’instrument de protection de la
biodiversité. Nous complétons ici le panel de ces instruments par celui qui permettra de protéger les océans.

Il nous faudra aussi des financements innovants, entre autres une taxation sur les transactions financières - la Belgique l’a voté il y a déjà quelques années- qui soit véritablement à la hauteur des ambitions.

Et il faudra enfin renforcer le cadre multilatéral. La Belgique, depuis l’issue de la Seconde Guerre Mondiale, est l’un des grands avocats du multilatéralisme. Nous avons toujours plaidé pour un
multilatéralisme inclusif. Non pas des groupes réduits de 10 ou 20 Etats, mais un multilatéralisme le plus large possible: celui des Nations Unies.

Oui, nous sommes déçus. Mais nous ne voulons pas sombrer dans le défaitisme. Ni dans la résignation. Nous ne pouvons pas nous contenter de nous réjouir que nous n’ayons pas fait de pas en arrière. Nous aurions voulu aller plus loin. Mais nous sommes tous ici des hommes et des femmes politiques. Et nous savons que les regrets sont stériles, que les lamentations sont inutiles. Nous n’avons qu’un devoir: celui de nous remettre au travail. C’est celui de préparer dès demain la 67ème Assemblée Générale des Nations Unies et de lui donner un vrai contenu. L’accord fait référence déjà à un ensemble de processus que nous devons lancer en septembre. Ne perdons pas un jour.

Commençons à y travailler. Dès demain, travaillons à une stratégie de financement de développement durable. Donnons un vrai contenu fort aux objectifs de développement durable. Dès demain, lançons le programme de 10 ans pour les modes de production et consommation durables. Dès demain, travaillons à renforcer le cadre institutionnel du développement durable.
Nous voulons créer un forum politique de haut niveau. Faisons-le et faisons en sorte qu’il soit un vrai organe de leadership. Nous voulons renforcer le programme des Nations-Unies pour l’environnement basé à Nairobi en Afrique et c’est pour nous très important que ce symbole et sa place en Afrique soit confirmé, maintenu et renforcé.

Faisons le là aussi sans délai.

Veillons à ne pas céder au défaitisme. Veillons à réveiller ce bel esprit de Rio qui avait permis les grands succès que nous avons connu au cours de ces 20 dernières années et de faire en sorte qu’à nouveau triomphe l’optimisme de la volonté.

Paul Magnette